PIERRE SIMONET : un serviteur bayonnais
À l’occasion du centenaire de l’Académie Gasconne de Bayonne, lors d’une conférence qui a eu lieu ce vendredi à la médiathèque de Bayonne, Pierre Simonet a retracé le parcours de son grand-père, qui portait le même nom. Pierre Simonet (1877-1945) aura été au service de sa ville et de ses particularités comme, par exemple, la langue gasconne.


Avocat de renom, deux fois bâtonnier, Pierre Simonet a été une figure centrale de la vie bayonnaise — sportive, sociale et culturelle — avant de devenir maire de Bayonne de 1935 à 1941, sous l'étiquette radical et radical-socialiste. Il s'inscrivait dans une longue tradition familiale d'engagement local : son père, Eugène Simonet (1823-1906), avait siégé au conseil municipal pendant une trentaine d'années, et Pierre lui-même y avait fait son entrée dès 1900, à seulement 23 ans.
Son mandat de maire a laissé une empreinte durable sur la ville. On lui doit notamment la construction du stade municipal Saint-Léon — devenu depuis le stade Jean Dauger —, le captage du Laxia, qui fournit encore aujourd'hui plus de la moitié des ressources en eau de Bayonne, ainsi que la création du musée Bonnat. Son mandat a également coïncidé avec le début de la Seconde Guerre mondiale, période pendant laquelle son fils Jacques (1910-1998) avait été déporté à Dachau.
Par ailleurs, Pierre Simonet a présidé la Société Nautique de Bayonne pendant 34 ans et a piloté la construction de son siège de style Art déco. Chevalier de la Légion d'honneur en 1928, puis Officier en 1939, il était aussi un homme profondément attaché à sa ville natale. Son petit-fils, Pierre Simonet (1951, Bayonne), rapporte à ce sujet une anecdote révélatrice : sa fille aînée, mariée à un Franco-Américain d'origine béarnaise et installée à New York, refusa de rentrer en France en 1939 en raison des prémices de la guerre. Son père lui suggéra alors d'accoucher à Bayonne — dans le New Jersey, au fond de la baie de New York. Ce qu'elle fit.
Le même petit-fils souligne également l'engagement de Pierre Simonet en faveur des réfugiés espagnols dès 1936, une position courageuse qui le distinguait des élites basques de l'époque, majoritairement conservatrices et souvent hostiles à accueillir ces exilés. Dans un appel publié dans la presse locale, il invita les Bayonnais à témoigner leur solidarité envers ceux qui arrivaient du sud de la Bidassoa.
Quant à ses racines gasconnes, son petit-fils les attribue en partie à la branche des Barroilhet, originaires de Saint-Sever : « Je pense que c'est probablement par cette lignée que la culture gasconne s'est définitivement implantée dans la famille. Mon grand-père a côtoyé l'une de ses grands-mères pendant douze ans — j'imagine qu'il a appris le gascon à son contact. » Il descendait aussi d'une famille de tilholèrs de l'Adour.
L'Académie Gasconne de Bayonne
Au début du 20ème siècle, le déclin de la langue gasconne était déjà manifeste et préoccupait profondément les milieux lettrés de Bayonne. C'est à l'initiative de Pierre Simonet qu'une quarantaine de personnalités locales se réunirent le 6 avril 1926 pour tirer la sonnette d'alarme. Conscients que tot s'espereca — tout s'effiloche en gascon—, ces notables alertèrent leurs concitoyens sur le risque de disparition du vieux gascon bayonnais.
Pierre Simonet rappela alors la valeur de cette langue : « Une langue originale, avec sa grammaire, sa syntaxe, ses règles et son dictionnaire, qui contient des mots intraduisibles dans aucune autre langue. Sa littérature, faite de pages écrites par des poètes et des écrivains, ne peut disparaître. » Il soulignait aussi son enracinement historique : du XIe au XVe siècle, le gascon avait été la langue officielle de Bayonne, dans laquelle étaient rédigés arrêtés municipaux, délibérations et archives de toute nature.
Un mois plus tard, le 7 mai 1926, quarante représentants du monde politique, économique, enseignant, social et culturel fondèrent l'Académie Gasconne de Bayonne et du Bas-Adour. Pierre Simonet en fut nommé premier président. Parmi les membres fondateurs figuraient Jean Bouzet, Pierre Rectoran, Carlito Oyarzun, Henri Gavel, les frères Hargouet, Robert Larrebat-Tudor — fils du poète Justin Larrebat — et l'architecte Benjamin Gomez.
Les statuts de l'Académie fixaient alors un objectif clair : préserver et revitaliser la langue gasconne telle qu'elle se parlait et s'écrivait à Bayonne et dans ses environs immédiats, en lui donnant des règles solides, en la rendant « pure, éloquente et habile à traiter des arts et des sciences », et en évitant toute francisation — péril bien réel à une époque où le français gagnait du terrain dans l'enseignement et le tourisme.
« Pour la génération de mon grand-père, c'était un exercice difficile : l'immigration basque se développait à Bayonne et créait une forme de concurrence linguistique. Il est d'autant plus remarquable que cette Académie, qui ne fut pas toujours prise au sérieux à ses débuts, ait survécu et accompli son travail. Un grand merci à tous ceux qui ont su la faire perdurer » conclut le petit-fils de Pierre Simonet. De nos jours, à Bayonne un square porte le nom de Pierre Simonet.
Le gascon au CIAP de Bayonne
À l’occasion du centenaire de l’Académie Gasconne, jusqu’au 31 mai, des documents inédits provenant des archives de l’institution sont exposés au Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP), nommé Lapurdum, 7 Rue des Gouverneurs. En clin d’œil : l’édition des fables de La Fontaine (1776), et la traduction de l’album de tintin « Las Jòias de la Castafiòra », témoignages d’une production littéraire toujours actuelle. Visites du mardi au vendredi de 14h à 18h et le samedi entre 10h et 12h30.
Le centenaire de « l’Academia Gascona » sera dignement célébré à Bayonne le 7 juin prochain.







