ACADÉMIE GASCONNE : déjà 100 ans!
L'Académie Gasconne de Bayonne et du Bas-Adour a célébré son centenaire ce dimanche 7 juin. Après une messe dite en gascon et avant un déjeuner chanté à la salle Lauga, un Chapitre exceptionnel a eu lieu dans le Grand Salon de la Mairie de Baiona!


Dans le Bayonne des années 1920, tout le monde pouvait bien le voir : le gascon s'effilochait. Tot s'espereca, comme on dit dans la langue elle-même. C'est Pierre Simonet (1877-1945), Bayonnais de cœur et de naissance, qui décide alors qu'il est temps de réagir. Le 6 avril 1926, il réunit une quarantaine de personnalités locales à Bayonne pour lancer un vrai cri d'alarme : le "vieux gascon de Bayonne" est en danger de disparaître dans l'indifférence générale.
Pierre Simonet refuse la situation et ne mâche pas ses mots. Il rappelle que le gascon est"une langue originale avec sa grammaire, sa syntaxe, ses règles et son dictionnaire, qui contient des mots que l'on ne peut traduire dans aucune autre langue". Du XIe au XVe siècle, le gascon était la langue officielle de Bayonne : les arrêtés des maires, les délibérations du conseil de ville, toutes les archives étaient rédigés en gascon. "Les Bayonnais ne peuvent admettre la perte de notre gascon", écrit-il aux futurs fondateurs de l'institution.
Un mois plus tard, le 7 mai 1926, c'est chose faite. Quarante représentants du monde politique, économique, éducatif, social et culturel se retrouvent pour fonder l'Académie Gasconne de Bayonne et du Bas-Adour. Leur mission ? Une et une seule : préserver et revitaliser une langue qui souffre déjà, à l'époque, de la concurrence du français — porté notamment par l'école et le tourisme croissant.
Pierre Simonet en devient naturellement le premier président, avec autour de lui un groupe de passionnés : Jean Bouzet, Pierre Rectoran, Carlito Oyarzun, Henri Gavel, les frères Hargouet, Robert Larrebat-Tudor (fils du poète Justin Larrebat) ou encore l'architecte Benjamin Gomez. Des noms, des visages, une langue à sauver et la conviction que la littérature gasconne, "charmante et savoureuse", mérite de ne pas disparaître.
Un centenaire dignement célébré
Ce dimanche 7 juin 2026, Bayonne a donc fêté le centenaire de l'Académie Gasconne en présence du président Guy Mondorge, des Académiciens, du Maire de Bayonne Jean-René Etchegaray et des élus de la Ville de Bayonne, Yves Ugalde, maire-adjoint à la Culture, Pantxo Etchegaray élu délégué en charge des langues minoritaires, Jean-Claude Iriart, Joe Mendés et Colette Capdevielle, également députée. L'anniversaire a été l'occasion de rendre hommage aux fondateurs de l'institution et aux Académiciens disparus. Un siècle après sa création, l'Académie Gasconne continue de promouvoir le gascon dans la vie publique, les médias, l'enseignement et en collaborant à la publication d'un album des aventures de Tintin en gascon. En cent ans, l’Académie est passée d’une assemblée exclusivement masculine à une organisation donnant plus de place aux femmes.
Haut en couleur, le centenaire de l'institution a offert de nombreux moments émouvants notamment lors de la messe en gascon dite par l'abbé Michel Garat, originaire de Guiche, et lors de laquelle ont retenti des hymnes gascons et bien bayonnais tels que "Estela de la Mar" et "Salut Baiona-Bayoune" grâce aux chanteurs de l'Académie, la cheffe de choeur Fanny Châtelain et l'incontournable musicien Gérard Luc.
Yves Ugalde, adjoint à la Culture à la Mairie de Bayonne, a annoncé que la conférence de presse de présentation des prochaines Fêtes de Bayonne se tiendra dans les locaux de l'Académie Gasconne pour marquer son centenaire. Pendant les fêtes patronales, l'institution y propose un Estanquet où se mêlent chants et verve gasconne. À l'occasion de son centenaire, l'Académie qui avait participé à la création des Fêtes de Bayonne franchira un nouveau pas en préparant un char qui participera au traditionnel corso. Les Académiciens pensent déjà au bicentenaire !

















